
Dans mon boulot, nous voyons un
tas d'animaux en une seule journée. Pleins de cas différents mais souvent des interventions et des préparations bien connues et répétés mainte et mainte fois.
Nous commençons à nous occuper des animaux toujours de la même façon : prémédication, pose de cathé (dans ce sens là ou dans l'autre), induction (c'est à dire dodo la bêbête !).
Une jour, un client, qui était venu déposé son chien pour une chirurgie orthopédique, m'a dit après que j'ai posé le cathé à son animal et fait son injection, "Vous avez vraiment un beau métier !" pendant que je nettoyais le vomit de son cabot qui était à jeun mais bon "Oh ! il a dû avaler 1 ou 2 croquettes"... oui, ou un bol...
Généralement, nous oublions très vite leurs noms quand nous avons ne serais-ce pris le temps de le retenir après l'avoir lu sur la fiche d'hospitalisation... Bien souvent, nous identifions les animaux dont nous nous sommes occupé par l'intervention qu'ils viennent de subir. Quand nos collègues de l'accueil ou du chenil nous demande comment va le chien/chat de Mr Machin/Mme Truc nous leur répondons "Euuuuh... Ah oui, la laparo/TPLO/ovario/castration/urétro (etc...) !".
Nous oublions certains une fois qu'ils sont rentrés à la maison et une fois que nous avons quitté la clinique.
Biensur, nous ne sommes pas insensibles non plus bien au contraire ! Il nous arrive très souvent de gagatiser devant un chiot ou un chaton, de fondre devant les grands yeux câlins de GrosToutou, des ronrons tout doux de Minou. Il y en a des gentils, câlins, collants, gluants, envahissants, obéissants, beaux, moches, crottés, hargneux, bêbêtes mais gentils, cons mais pas méchants, cons et méchants, teigneux. Nous avons aussi de vrais méchants qui sont de vrais dangers !
Le gentil Braque de Weimar qui aboit contre son ombre...
Le Braque Allemand gentil mais con-con...

La Caniche à sa maman pré formé pour les bras...
Le York à couettes...
Le Spitz au regard pas franc...
Le Bouledogue Français au regard vide...
Le Golden à la bouille d'amour...
Le Pointer doudouille...
Le gros Rott de 50 kg de muscles et de câlins...
Le Chihuahua qui m'aime pas...
Le Dogue Allemand chien de garde mangeur d'homme...
Le Saint-Bernard qui veut faire des bisous mouillés...
Le Chat ronron...
La Chat flippé...
La Chat qui attaque...
La Shar-Peï paillasson urticant, qui pique et qui est con...
Le Labrador câlinou...
Le Boxer qui ne veut que jouer...
Et bien d'autre... ^^
D'autres nous marque un peu plus comme par exemple le chien auquel j'ai posé mon 1er cathé : D'Artagnan, ou cette petite chatte que j'avais suivi du début à la fin, que j'avais moi-même entré en hospitalisation, qui était venu pour une césarienne sur chaton mort et qui finalement était bien malade et qui est morte quelques jours plus tard... Ou bien l'histoire du jeune chien fugueur mignon comme tout percuté par une voiture qui rentre chez lui avec une grave fracture d'un postérieur et que l'on euthanasie sur la table de prépa faute de moyens financiers... Ou encore ce chat que j'ai rebaptisé "Highlander" qui avait une nécrose d'une patte cassée. Il fallait l'amputer au plus vite et le chat n'était pas très bien. Du tout du début de l'anesthésie à la fin de la chirurgie et la mise au réveil, il est mort 3 fois ! C'était un samedi, avec le chirurgien, nous l'avons ramené une 1ère fois juste avant la chirurgie à l'induction puis une 2nd fois juste à la fin de la chir avec l'interne et une dernière fois au réveil... Ce chat est rentré chez lui sur 3 pattes quelques jours plus tard en pleine forme !
Ce ne sont pas des animaux auxquels nous nous attachons réellement mais l'affectif entre en ligne de compte et quand ça se termine mal, ça nous fait mal au coeur... Surtout si ces animaux sont resté un petit moment avec nous et que nous avons appris à les connaître un peu.
Il y a aussi des cas marquants que j'ai eu, de ceux où l'on s'inquiète, qui nous suive jusqu'à la maison, que l'on a hâte de voir le lendemain, de savoir s'il est toujours en vie et dans quel état.
Le dernier que j'ai eu était un chat noir persan arrivé en urgence pour détresse respiratoire.
J'étais en train de lancer un
pyomètre sur une grosse boxer quand le chirurgien vient me dire de laisser la chienne en "
stand-by" et d'aller préparer le bloc pour une
hernie diaphragmatique qui en fait s'est avérée être une hernie phréno-péricardique c'est à dire que, pour ce cas là, le foi entourait le coeur...

Le chat n'est vraiment pas bien et a beaucoup de mal à respirer. Le moindre stress peut lui être fatal. Nous le prenons doucement et calmement pour lui poser un cathé et l'endormir afin de le préparer pour la chirurgie. Malgré toutes nos précautions, le chat se met à paniquer, se débat manquant de nous lacérer les bras au passage. Nous voulons le remettre sous oxygène, le laisser récupérer et se calmer pour faire une nouvelle tentative parce qu'il va bien falloir l'endormir le minou ! Mais à peine fait 2 pas, le chat se cambre et vire au bleu ! Arrêt respiratoire !! Un interne de médecine fonce chercher la boite de réanimation, un autre attrape cathé et schotche pendant que je maintiens la gueule du chat ouverte pour que l'interne de chirurgie puisse l'intuber au plus vite. Intubation réussit, l'interne de chir et moi tentons de trouver une veine pour enfin poser ce fichu cathé. En cas d'arrêt il nous faut absolument une voie veineuse pour la réa ! Un interne de médecine ballonne le chat pendant que nous nous galérons avec les veines non-existantes... Le chat est toujours bleu et en
mydriase complet... Arrêt cardiaque !!
Le chirurgien enfile des gans stériles, une lame de bistouris en ouvre le chat là, sur place pendant que nous tentons toujours désespérément de trouver une voie veineuse et avec un animal en arrêt c'est encore plus dur !
Le chirurgien entame alors un massage interne, le véto urgentiste qui avait pris en charge le chat à son arrivée, prend le relais pour le cathé et incise la peau de la patte pour pouvoir visualiser la veine et poser enfin ce cathé de malheur.
Le coeur du chat repart, il redevient rose mais reste en mydriase... Ca fait au moins 5 mins que nous nous "acharnons" sur lui. Nous sommes tous surpris de le voir "revenir" !
Le chirurgien agrafe l’incision de l'abdomen et direction le bloc !!
La chirurgien en elle-même se déroule bien. Le chat est stable.
A la fin de la chirurgie, l'interne de chir reste avec le chat toujours branché au moniteur pendant que je pars reprendre le pyomètre avec le chirurgien et un stagiaire véto qui pour du coup va mettre les gans pour aider en chir. Le coeur du chat est bon mais il fait yo-yo niveau saturation en oxygène... Ses pupilles se rétractent, il revient parmi nous mais la grande question est dans quel état ?
Les proprios sont biensur prévenu et arrivent en fin d'après midi. Le chat alors n'est plus sous oxygène pur mais toujours intubé et sous moniteur.
Le soir, avant que de partir, je vérifie une dernière fois comment va le minou. Il est toujours intubé dans la cage à oxygène. Il commence à avoir des réflexes de déglutition, il ne devrait plus tarder à "cracher sa sonde"... Mais le pronostic est réservé...
Le lendemain matin j'avoue être surprise de le trouver vivant. Bon, il convulse, s’arque-boute et n'est pas "dans notre monde" mais il est vivant ! Et il semble avoir une sacré envie de vivre.
Maintenant il faut attendre, voir si les troubles neurologiques restent ou non, s'il récupère ou pas... En une semaine, il n'a pas fait beaucoup de progrès mais il ne convulses plus et mange bien à la seringue, fait pipi et caca. Par contre il est "neu-neu" mais bien vivant ! Là, il est rentré chez lui pour un essai à la maison. Les propriétaires ne veulent pas entendre parler d'euthanasie pour le moment. L'avenir nous dira s'ils ont raison ou non et si le chat va récupérer...
J'espère que ce chat va vivre et retrouver ses facultés.